La présente étude préalable propose la restauration de la couverture en tuiles vernissées des dômes de la cathédrale orthodoxe de Nice. En effet, la rupture des ligatures métalliques des tuiles les fixant aux charpentes en fer a entraîné la chute d'éléments de cette couverture et la mise en place d'une clôture de sécurité.
La cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas à Nice a été construite dans les premières années du XXe siècle pour répondre à la demande d'un lieu de culte de la colonie russe installée à Nice dont l'accroissement était notable. Cet édifice a été construit selon les plans de l'architecte Préobrajensky en respectant très exactement le modèle des églises russes et leur modes de construction, ceci bien que la main d'œuvre, le suivi du chantier et les matériaux employés proviennent de la région niçoise. Il apparaît que la cathédrale de Nice appartient à une famille d'édifices établis durant la deuxième moitié du XIXe siècle par la colonie russe dans ses sites de villégiatures le long de la côte méditerranéenne. Parmi cette série, trois édifices ont en commun une même fondation par la famille impériale (San Rémo et Florence en Italie
et Nice en France), justifiant le recours aux architectes officiels de la cour impériale (Roman Kouzmine, Chtchoussev, Préobrajensky).
Nice, San Rémo et Florence partagent une même référence au modèle XVIIe dit de la période Romanov (plan à cinq coupoles, profusion du décor, emploi massif de la polychromie) développé à Moscou et dans sa région limitrophe. A ce titre, ces édifices se distinguent de l'exemple parisien d'une cathédrale à " chatior " en pierre de taille blanche.
Transposition moderne d'une église classique, la cathédrale de Nice révèle le recours
aux techniques modernes de mise en œuvre. Sa structure est en béton armé, la charpente des bulbes est en éléments métalliques de profilés à " T ", et les éléments décoratifs de faïence industrialisée (production italienne). La couverture en tuiles vernissées utilisant un modèle à décrochement formant motif de croix est conforme au modèle XVIIe, mais la substitution d'une charpente métallique en place d'un dôme maçonné appartient au chantier moderne dont la direction est semble-t-il assurée par des maîtres d'œuvre locaux.
La fixation des tuiles est assurée par des ligatures métalliques sur les liteaux en fer plat (chaque tuile est fixée par trois points sur deux liteaux successifs, deux ligatures médianes et une ligature en partie haute).
Le poids des tuiles, la finesse du fil métallique, l'amorce d'une corrosion fer/fer ou fer/cuivre selon le modèle d'attache est à l'origine de la rupture des fixations et de la chute des tuiles.
Le programme de travaux propose la mise en place d'échafaudages en bascule, la dépose complète de la couverture et son calpinage, le traitement anti-corrosion de la charpente et la repose de la couverture y compris la fourniture complémentaire de tuiles neuves.
Deux propositions techniques ont été envisagées. La première solution propose le simple remplacement de la fixation par une ligature d'inox marine, la deuxième solution propose de doubler le litonnage par des cerces de contreplaqué, permettant le vissage de la tuile.
A l'occasion de cette étude, le service de restauration de Russie a été interrogé . Confrontées
à la même problématique (couverture de tuiles sur charpente métallique) les restaurations actuelles privilégient le recours à des attaches métalliques neutres en terme d'électrolyse (cuivre et titan par exemple).
1 : Nice, " cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas, restauration des dômes ". Montant de l'étude : 70 000 F, commandée par l'association culturelle orthodoxe russe à Nice.
2 : Ou tours
3 : Nous tenons tout particulièrement à remercier M. Boris Romanovitch Ganzin, architecte restaurateur émérite à Moscou.
Pierre-Antoine GATIER
Architecte en Chef des Monuments historiques